vendredi 25 juillet 2008

Un peu d'Histoire

La Roumanie est un pays qui a sans cesse connu des invasions, des éclatements de territoire et des unifications, qui ont partagé ou réunis, par la force des choses, des peuples aux us, coutumes et langages différents. L'héritage de cet Histoire est un pays où, dans un même village, se côtoient des saxons (peuple d'origine allemande), des hongrois et des roumains, chacune de ces communautés ayant conservé son langage d'origine.
Par exemple, je demandais son prénom à un petit garçon dans la rue, à Cobor, quand un voisin m'a dit qu'il parlait hongrois et qu'il ne comprenait donc pas ce que je lui disais!
A cela s'ajoute une forte population de Rroms (sédentarisés pour la plupart je pense), familles qui ont souvent beaucoup d'enfants et un langage qui leur est propre (le romani, mélange de roumain et d'hindi).
Les roumains ont la réputation d'avoir un don pour les langues. C'est vrai que je suis impressionnée, tous parlent au moins deux langues! Tous parlent le roumain et soit l'allemand ou le hongrois. La plupart des jeunes parlent l'anglais, appris en regardant les films à la télé. Les films sont tout le temps en V.O., sous-titrés roumains. Les vieux ont appris soit le russe, soit le français à l'école et ce, jusque dans les années post-communistes.
Après ça, ils n'ont pas de difficultés à parler espagnol ou italien, langues latines beaucoup moins complexes que le roumain (beaucoup de roumains travaillent en Espagne et en Italie).
C'est donc assez incroyable. Le hongrois est une langue parlée seulement par les hongrois (le finnois a les mêmes origines), très difficile d'après ce que l'on me dit. L'allemand, pas de commentaires. Je pense que le roumain est aussi difficile à apprendre que le français: il y a le datif, accusatif, vocatif...

Ainsi, des régions ont conservé une forte culture hongroise ou allemande (centre de la Transylvanie et Ouest de la Roumanie). La dernière ferme où j'étais est située près de Sibiu et Sighisoara, villes médiévales fortifiées particulièrement bien conservées, fleurons de la Roumanie, qui ont échappées aux transformations architecturales de Ceaucescu puisque le fils Ceaucescu y résidait... La famille Schuster est un exemple très représentatif de ce mélange culturel: Lavinia est née en Roumanie de parents roumains, Willy est né en Roumanie de parents hongrois et allemand. Il en résulte qu'ils parlent tous les deux ces 3 langues (Lavinia les a appris à l'oreille, une fois mariée!).

La Roumanie telle que nous la connaissons n'existe que depuis 1919-1920. Plusieurs de ses régions ont longtemps appartenues à l'Empire Austro-Hongrois, dissout à la fin de la 1ère Guerre Mondiale. Avec la redistribution des territoires, la Roumanie s'est vue doubler de superficie. Tatars (Mongols), Magyars (Hongrois), Saxons (Allemands), Ottomans (Turcs), Russes et Slaves ont tour à tour traversé la Roumanie, l'ont conquise, l'ont perdue et en ont fait un pays multiculturel. Les empreintes culturelles les plus fortes sont celles de la Hongrie, des Slaves et des Romains (l'Empire Romain s'est étendu en Roumanie et a marqué la langue roumaine de son latin).

Petite anecdote: à Cobor, jour de fête nationale, le pasteur, d'origine hongroise, hisse le drapeau de la Roumanie sur la paroisse... à côté de celui de la Hongrie! Mais ce n'est pas tout, celui de la Roumanie étant beaucoup plus petit que le hongrois! un peu provoc' Mr le Pasteur?
Attention, la Roumanie ne fait pas partie des Balkans! Les Balkans font références à la chaîne des Balkans, montagne qui traverse la Bulgarie d'est en ouest. Tous les pays en dessous de cette chaîne de montagne en font donc partie, mais pas la Roumanie.

Quant aux Tziganes (Rroms est moins péjoratif je crois), ils ont bien souvent mauvaise réputation. En reste-t-il encore en roulotte? je ne sais pas. J'ai eu l'occasion de croiser différentes communautés, que l'on reconnaît très bien de par leur costume. J'ai été très surprise d'ailleurs, je ne pensais pas que certains d'entre eux conservaient encore autant leurs traditions: jeunes filles aux jupes longues rouges à motifs, rubans tressés dans leurs longs cheveux, foulard rouge à motifs sur la tête; les hommes, chemise blanche, boléro, pantalon et chapeau noir. Apparemment, ces gens vivent encore de savoirs-faire transmis de génération en génération. D'autres ont troqué le cheval et la charrette contre une voiture; ils passent dans les villages récupérer de la ferraille, qu'ils revendent à des industries. C'est assez drôle de voir ces voitures qui débordent, prêtes à craquer.
Quoi dire d'autre de la Roumanie?
Tous les gens n'ont pas l'eau courante... et oui, c'est le cas de beaucoup de gens à Cobor par exemple, comme dans la plupart des petits villages. Mais la Roumanie est faite de petits villages!
Et une dernière chose, très importante à mes yeux, c'est la biodiversité! Des oiseaux magnifiques, des arbres fruitiers sauvages à craquer, qui croulent sous le poids des fruits (2 arbres chez Erwan sont tombés, trop lourds de fruits), des prairies riches en graminés, des collines où se côtoient cultures, prairie, haies... Voilà, c'est beau quoi! Et les bergers et vachers sillonnent la campagne à longueur de journée.

jeudi 17 juillet 2008

Aurélie n'a plus peur des vaches

A Ploiesti, unde nu mai sunt albine (ou il n'y a plus d'abeilles)... il y a cependant Doinita, avec la lumiere et le rire dans les yeux. Une intelligence feminine: une force tranquille mais vive, qui a compris le sens de la marche du monde... et qui attend patiemment la visite de sa fille, partie loin des siens.

A Bucarest j'ai vu que l'ennui est sentiment international. On le trouve la ou le on-line et la consommation de drogues plus ou moins dures (vitesse, cafe, cigarettes, shopping) voile l'esprit des humains. C'est ce que j'appelle le neant, relativement bien illustre par les chiens errants a Bucarest. Peau poisseuse et chaleur poussiereuse. Pas de moustiques. L'air les a tous englue comme sur un vieux papier mouche collant.

Mais Manu! Manu Chao tu as fait vibrer les electrons de cette atmosphere lourde! Romania! Romania! Grande exaltation. Multumesc mult! Tu m'as aide a evacuer un trop plein d'energie accumule entre l'ennui et le manque de personnes aimees avec qui rire...
Tchakatac, tchakatac, tchakatac, youuuuuuuu!
Tchakatac, tchakatac, tchakatac...
Les coudes sur les fenetres, le nez et les yeux plisses, les oreilles ouvertes aux otites... Que j'aime les trains roumains! Passages d'une ambiance a une autre, entre traditions et modernite, traditions et looks vintage... ma tete tourne comme une girouette.

Et a quand la charrette? La charrette, si elle embarque Paulette, ne l'y remettra pas de si tot les pieds sur terre. Au contraire, les pieds dans la terre, au plus pres des racines. En attendant, va pour Mosna, la cosmopolitaine, avec ses 3000 habitants! Allemand, roumain, hongrois, anglais, francais... concentre dans un meme foyer.
Tellement de situations differentes en si peu de temps, que la nouveaute est mon quotidien. Quand rien n'est habitude, que raconter?
Manu Chao dans la tete, les monuments communistes, et si les civilisations ne duraient que 200 ans, ou en est-on dans la civilisation occidentale?

Le gros sac sur le dos, y a-t-il quelqu'un dans la ferme? Mais oui, tout va bien, le poulain est dans la cour et les visiteurs de la ferme bio affluent. Willy ouvre les bras. Ah! Tu es la! J'allais justement t'appeler!
Alors, pour trouver sa place, on est a peu pres pret a tout: repasser le linge, tuer les mouches... Ici le pain est integral, les gens sont polyglottes et Grand-mere a Alzheimer. Et tandis que je tue les mouches, on parle de la Bible. Matin du 14 juillet, La Marseillaise au petit dejeuner. Militantisme agricole roumain et chants revolutionnaires... quant a moi, j'ai trouve ma Bible: Les semences de Kokopelli.
Petit a petit, mes affaires s'arrangent: j'apprends a faire le pain, le fromage et je garde les vaches.

mercredi 16 juillet 2008

Semences de vie

"Revolution verte: nommee ainsi car a permis d'engendrer beaucoup de dollars, de couleur verte."

"Les pesticides sont necessaires car des plantes gavees [les plantes absorbent des quantites excessives de NPK au detriment d'autres micro-nutriments et oligo-elements (calcium, zinc, cuivre, magnesium, fer, etc.). Cela se produit meme quand les mineraux sont presents en abondance dans le sol.] deviennent tres susceptibles a toutes sortes de pathogenes."

"Les pesticides promeuvent l'emergence de pestes de plus en plus resistantes."

"La selection de varietes reellement resistantes [qui pourrait etre un travail effectue par les scientifiques] est un processus qui ne genere aucun benefice."

"Remettons les pesticides dans leurs bouteilles avant qu'ils ne nous envoient tous dans des cercueils."

"Hybride signifie monstre en grec."

"Les nouvelles semences (hybrides, OGM...) [...] sont une aberration ecologique: elles envahissent de vastes regions en eradiquant les semences natives et les varietes traditionnelles. Cependant, les semences natives ont permis de produire les nouvelles semences et qui plus est, sans elles, aucun progres varietal n'est possible."
"Dans un systeme de polyculture, 5 unites d'intrants [pesticides, herbicides, fongicides...] sont utilises pour produire 100 unites de nourriture, ce qui represente un ratio de productivite de 20. Dans la monoculture industrielle, 300 unites d'intrants sont necessaires pour produire 100 unites de nourriture, ce qui represente un ratio de productivite de 0,33. Un systeme de polyculture est donc 60 fois plus productif qu'une monoculture a haut rendement."
"En depit de prouesses technologiques et scientifiques, et apres des decades d'enfouissement de substances toxiques dans les sols de la planete, l'agriculture chimique a failli a sa tache d'alimentation. Il est reconnu, qu'en depit des pretentions elevees de l'agriculture moderne, son bilan est completement negatif en ce qui concerne la securite alimentaire."

"La capacite meme [...] des transgeniques a resister aux pestes souleve de tres grandes interrogations. Les resistances induites genetiquement vont tres facilement declencher des micro-evolutions chez les parasites. Cela signifie que le parasite peut produire de nouvelles souches qui seront resistantes au transgene en question. (Robinson. 1996:400)."

"Le paysan est un co-createur dans le processus de l'evolution de la Mere [la Terre Mere]. Etre en harmonie avec la nature est source de prosperite; aller contre la nature amene a la ruine."

"Une seconde revolution verte envahit le Tiers-Monde [les pays en voie de developpement], celle des biotechnologies et des organismes genetiquement modifies alors que, pendant 40 ans, les chantres de la premiere [revolution verte] declarerent qu'elle etait la solution miracle et definitive a la faim dans le monde."
Extraits de Semences de Kokopelli, 6eme edition (2006), Dominique Guillet.

"Je ne me permettrais pas de vous decrire un seul de ces desastres s'il n'existait pas quelques solutions permettant d'y remedier. Il existe quelque chose que tout un chacun puisse realiser dans son jardin, sur sa ferme, et au travers du choix de nourriture qu'il acquiert. [...] La question reste de savoir comment. [Il est necessaire de prendre en compte] les pourcentages des diverses cultures necessaires a une production maximale et durable de calories."
Pour une explication plus detaillee, cf. How to grow more vegetables, de John Jeavons, specialiste du jardinage bio-intensif.
Extraits de la conference de John Jeavons donnee durant le rassemblement annuel du Seed Savers Exchange, USA, Ete 1998, et reportee dans Semences de Kokopelli, 6eme edition.

Wwoof à Manest (Ploiesti)

Manest est une commune a 20 km de Ploiesti, une ville qui s'est developpee sur l'industrie petroliere. C'est une region particulierement peu attirante, comme me l'avait dit Simona, native de Ploiesti... le paysage s'etend a perte de vue sur la plaine, ce qui choque quelque peu lorsque l'on vient de la montagne et de ses paysages magnifiques!
Un couple d'une cinquantaine d'annees vit dans une petite ferme, qui consiste en fait a elever des poulets et autres volailles, des cochons et deux vaches, tout ca pour leur propre consommation. Le lait des vaches est transforme en Branza, fromage typiquement roumain, avec un fort gout de vache, qu'on dirait qu'on est dans l'etab'. Mais, accompagne de tomates, au petit dejeuner, ca passe.

Puis ils ont aussi un jardin et deux ou trois champs de mais.
Le mari, Georghe, est secretaire a la mairie ( et tres, tres, tres fier de sa "localite") et sa femme, Doinita, s'occupe du travail avec les animaux, du fromage et de la cuisine.
Je crois qu'ils n'ont pas bien compris le principe du Wwoof: ils refusaient de me faire travailler! "C'est les vacances ici, profites!" Mais je n'avais pas envie de vacances moi! Ca ete dur pour moi de n'avoir rien a faire et de changer de rythme de vie comme ca: reveil a 9h, grosse sieste l'apres-midi (sous les conseils de Doinita, qui faisait de meme, et de la chaleur accablante, qui abrutit) et puis entre, lecture, tele, repas (copieux!). Bref, je m'y suis plutot ennuyee...

On est bien alle deux ou trois fois dans le mais, eclaircir les rangs, couper les plants trop serres... mais c'etait une petite heure par-ci, par-la, a partir de 19h, quand on est bien sur que la chaleur soit tombee... et jamais sans le chapeau!
Retour a la maison, Georghe se charge de sortir le tabouret dans la cour: place aux petits verres a tuica (alcool de prunes)! "Aurelie! Tuica!", "Da, da!...". "Aurelie! Il est bon, hein?", "Da, da!...". "Aurelie! Autre?", "Nu, nu, merci...", mais le verre est deja plein. Et il ne manquait pas une occasion de se moquer de ma volonte de travailler: "Aurelie! toute la nuit on va travailler dans le mais, hein?!"... "Da, da!..."

Bref, j'avais la sensation de perdre beaucoup d'energie! Je n'y suis restee que 5 jours.

Mais le tableau n'est pas si noir, il y a eu de bons moments et j'ai vraiment beaucoup apprecie Doinita. Elle est pleine d'energie (entre les siestes), elle est simple, franche, naturelle. Et puis ca ete pour moi l'occasion de gouter a la cuisine roumaine, telle que j'ai pu la lire dans mon guide Lonely Planet et sur les cartes des restaurants!
Mamaliga cu Branza (polenta avec du fromage), Ciorba (soupe) de legumes, de viande ou avec des oeufs, poulet frit au petit dejeuner, riz au lait (ou pates au lait!) agremente de zeste de citron rape (excellent) et le Cozonac!! Aie, aie, aie, c'est un malheur!! C'est une brioche garnie de noisettes concassees, sucre, rhum... Que Doinita a fait en grande quantite, comme le veut la tradition, en l'honneur du 7eme anniversaire de la mort du pere de Georghe. On s'en est fait peter le bide et on a bien rigole.

Bref, Doinita est tres bonne cuisiniere et un sacre bout de femme!
Au final, en partant, j'avais un pincement au coeur et une larme au coin de l'oeil. Tous les trois a passer sur la voie de chemin de fer, un "raccourci" bien connu quand on est en retard, et a grimper sur le quai comme on pouvait... pour, au final, avoir le train qui devait etre passe depuis une heure... bref, les trains sont rarement (jamais?) a l'heure en Roumanie.
Wwoof pas trop intensif mais accueil tres chaleureux! et hotes au grand coeur.

samedi 5 juillet 2008

Au revoir Cobor, en avant les Carpates!

Adieu Cobor, mais pour un temps seulement! du mal a croire, en partant, que l`on ne peut pas revenir a cet endroit si beau! Ce fut pour moi un vrai bol d`air, dans un lieu vraiment vivifiant!

Fin juin, le temps est venu, pour Anne et moi, de continuer notre route. Anne a Iaci, en moldavie roumaine, et moi, je ne savais pas trop ou, avant d'aller dans une autre ferme.

Mais j'avais tres envie de marcher dans les Carpates. Envie d'experimenter le temps lent de la marche, qui est le temps le plus en harmonie avec le rythme de l'Homme, dans ces montagnes dont rien que le nom fait rever! Juste etre la, entre l'espace et le temps.



Depart a 2000 m d'altitude, de la Cabana Miorita (refuge). J'ai commence ma marche dans cet etat d'esprit. Libre car confiante. J'etais, a priori, sans danger, puisqu'a une altitude elevee, au dessus des forets ou tronent les ours.
Seule dans la plaine (tres peu de touristes a cette periode), petit element entre le ciel et la terre. L'espace immense m'etait ouvert. Au coeur de la vie et du vide. Un grand bol d'air en plein desert avec seulement quelques marquages pour indiquer mon chemin.

Puis un ours est apparu sur mon chemin. Il est arrive sur ma gauche, de la plaine, perpendiculaire a mon sentier. Il avancait d'un pas lent, calme. C'etait probablement un male car pas tres grand et seul. Des que je l'ai vu, grande respiration et "Oh putain!", j'ai continue tout droit, sans oser regarder de nouveau dans sa direction, en esperant qu'il ne me suive pas! Longtemps apres, je me suis retournee. Il n'y avait plus rien. Reve ou realite? Le fait est que j'ai vraiment eu peur, j'etais seule; il y avait une voiture au loin et un berger avec des vaches. Mais tu ne peux pas imaginer que ta vie va s'arreter la, attaquee par un ours et seule! Tu te dis que toujours il y a une solution.

Je suis allee vers le berger, qui n'etait pas vraiment inquiet. J'etais a environ 1h30 du prochain refuge, de la "Cabana". J'ai continue un peu, "pour voir". Apres le prochain virage, c'etait un passage dans la foret qui m'attendait. Je devais prendre une decision: continuer ou rebrousser chemin? Continuer, au risque de croiser d'autres ours. J'etais au milieu de nulle part et je devais prendre une decision. Comme quoi, ou que nous soyons, nous sommes confronte au choix! J'ai decide de rebrousser chemin. Je suis retournee a la Cabana Miorita, en partie avec le couple de Belges que j'ai croise de nouveau, environ la troisieme fois depuis le matin.



Adieu la foi en l'inconnu et en l'harmonie avec la nature! retour a la case depart, dans le milieu de l'apres-midi. J'ai amorce une liberte a laquelle j'ai renonce par peur de l'inconnu.

Cela dit, j'ai passe un bon moment a la Cabana Miorita. Apres m'etre rassasiee et rechauffee (a la Tuica! eau de vie locale), j'ai dormi pendant plusieurs heures, jusqu'en debut de soiree. L'experience m'avait epuisee. Les Belges etaient redescendus. Dans ce refuge, il y avait un roumain qui chantait aussi bien qu'un chanteur d'opera et s'en donnait a coeur joie. Il parlait francais; il connaissait Goerges Brassens, Renaud et son album en Ch'ti! Il a essaye de m'imiter l'accent! Il avait eu l'occasion d'aller dans le Nord. Encore une fois, j'ai vu un ours! Il s'est retrouve en sandwich entre moi, sur la colline, partie faire un petit tour, et les gens du refuge qui le faisaient fuir. Oups! Mais tout s'est tres bien passe, il etait en partie domestique, il venait chercher a manger dans la gamelle du gros Saint Bernard. Un homme des secours, present a ce moment, lui a parle, calmement, puis il est parti (l'ours). Le voici, cet ours:


Puis le lendemain, j'ai retente ma chance. Je ne savais pas trop si je devais insister, mais je ne pouvais pas croire qu'il etait impossible de traverser ces montagnes! Tout etait si bien balise, avec des Cabana un peu partout pour y passer la nuit!

Cette famille roumaine etait les premiers que je voyais qui partait marcher. Ils ont accepte que l'on marche ensemble, mais je me suis un peu sentie parasite. Nous avons passes de bons moment ensemble, mais je me suis quand meme greffe a leur randonnee. C'est toujours delicat, lorsque l'on veut a tout pris atteindre un but, de prendre le risque d'entraver la liberte des autres. Il s'est passe la meme chose le lendemain, je me suis joint a un groupe de moldaves pour atteindre le pic le plus eleve des Monts Bucegi, a 2507m d'altitude (oui, c'est bas pour le francais!).


La haut, l'ambiance etait tres etrange. Les deux filles qui tenaient la Cabana n'etaient pas tres chaleureuses. Jamais je ne me serai attendue a voir deux filles travailler la! Elles restent la tout l'ete, completement coupees du monde, pas d'eau courante ni d'electricite. Je me suis sentie dans une atmosphere aride. Si pres du ciel, la tete dans les nuages, mais les pieds sur le roc. Il y avait la deux jeunes roumains de 17 ans, venus passer la nuit avant de continuer leur route le lendemain.


Je suis redescendue seule le lendemain. J'ai pu renouveler l'experience de la marche seule, de nouveau tester les limites d'une telle entreprise. Je suis parvenue a mon but sans souci, j'ai pu profiter de l'espace vide. Au final, ce sont les humains qui sont le plus a craindre je crois!
Voila. Et puis j'ai pris le telepherique pour descendre a la ville la plus proche, Busteni. Il traversait de magnifiques falaises a pic.

Une fois en bas, l'orage a eclate et une pluie torrentielle est tombee.
"J'espere qu'un jour tu croiras en Dieu", m'a dit Florin. Oui, j'espere qu'un jour j'aurai la foi, qui me permettra de marcher sans fin sur une route inconnue! Je n'ai pas invente cela, De la marche, d'Henry David Thoreau, m'a beaucoup plu a ce sujet. C'est cette marche sans but, sinon celui de vivre l'instant present, que j'aimerai effectuer.
J'ai vraiment beaucoup aime ce moment dans les montagnes.



Florin est un etudiant de 21 ans que j'ai rencontre a la gare de Ploiesti. Je venais de louper mon train pour Targoviste, le dernier de la journee, apres pourtant 2h d'attente sur ce quai, en plein soleil! Je l'ai probablement tranquillement regarde partir, comme tous les precedents, absorbee par mes pensees et attendant qu'il soit annonce. Mais non, la voie n'a jamais ete annoncee et en plus il etait a l'heure! Bref, j'ai du choisir une autre destination. C'est en choisissant Brasov que j'ai rencontre Florin. Nous avons bien discute dans le train et au final, il m'a offert l'hospitalite de son petit appartement d'etudiant pour une nuit. La nuit s'est finalement transformee en un week-end!


Merci Florin d'avoir ete un si bon guide de Brasov, meme sous la pluie! et un bon hote. "Take care, take care, take care...", c'est ce qu'il n'a cesse de me repeter. "Surtout n'accepte jamais une telle invitation" (d'etre hebergee par un inconnu). "Ca veut dire que j'ai une bonne tete alors? La tete de quelqu'un d'honnete?". Il en etait tres content et tres fier. Les roumains sont tres attentifs a l'image qu'ils vehiculent a l'etranger. Ils sont persuades d'avoir mauvaise reputation et sont vexes de l'image que les gitans donnent de la Roumanie. Cela dit, c'est pas faux, nous assimilons facilement, je pense, les roumains aux communautes de Roms.
Florin parle un anglais a l'americaine, appris en regardant la tele (la plupart des films sont en VO, sous-titres en roumain) et se souvient assez bien du francais qu'il a appris a l'ecole. Il est surpris que je ne fume pas: dans tous les films francais, les acteurs fument! Il adore imiter l'accent francais en anglais, ce qui fut une grande lecon d'humilite pour moi bien sur...


Son reve est d'aller a Paris. Pour lui, la langue francaise est la plus belle du monde. Il aime sa melodie. C'est d'ailleurs parce que je suis francaise qu'il m'a invite chez lui. Il nous trouve toujours tres sympathique. Globalement, les roumains apprecient beaucoup les francais.

Puis j'ai quitte Brasov pour experimenter le Wwoof dans une autre ferme, pres de Ploiesti. Simona, je suis allee dans ton pays! Mais malheureusement, je me suis plutot ennuyee...mais chaque experience a son charme.

dimanche 29 juin 2008

Anne et Valentin

Le parrain en Roumanie, pour Anne et Valentin





En Roumanie, certaines personnes passent l'ete a sillonner le pays avec des ruches. Ce sont des "ruchers". Ils s'installent dans des endroits interessants pour que les abeilles butinent. C'est un moyen d'avoir une grosse production de miel. Je trouve ca tres romantique, de traverser le pays avec des abeilles! L'image du nomade...

Tiphaine

Cette fleur m`a fait penser a Tiphaine et a son travail artistique avec les fleurs. C`est une toute petite fleur au bout d`une tres longue tige, que j`ai trouve tres jolie.

Aux acteurs de l'architecture bio-climatique


Les roumains aussi ont leur toiture vegetalisee, mais pas sur que ça soit volontaire!

Anne de Cobor

Anne, ceci est pour toi! Une realisation geante de cette douceur sucree que nous avons pu savourer autour d`un feu... j`ai appris que c`etait hongrois. Ca se vend dans la rue; j`en ai achete, c`est vraiment tres bon, avec divers accompagnements: sucre, chocolat... c`est tout ce que j`ai reussi a comprendre sur le menu!
Pour les non-inities ;), il s`agit d`une pate a base de farine, de levure, de beurre et eventuellemt d`oeuf, qu`Anne m`a appris a faire dorer au dessus de braises. Et c`est tres bon!

A tous les spectateurs des groupes dits "indiens d'Amérique"


Decidement, les Indiens d`Amerique tiennent leur revanche! Ils sont partout, meme en Roumanie! Que ce soit sur le port de La Rochelle, a la place Bellecour de Lyon ou a Brasov en Roumanie, nous avons le plaisir d`ecouter cette merveilleuse musique, en live-audio, avec petite demonstration de danse oblige...


dimanche 15 juin 2008

le berger et la fée

Il y a encore beaucoup de bergers en Roumanie, qui gardent des moutons. Une légende, dont les gens d`ici sont persuadés, dit qu`il existe une fée qui vient visiter le berger pendant la nuit, lui faire l`amour, mais qu`elle repart au petit jour. Impossible de la voir! Mais à ce qu`il paraît, un berger a réussi, une fois, a l`emprisonner avec sa ceinture et à la montrer aux gens du village... mais elle aurait réussi a s`enfuir par la suite...

brouette polyvalente

J`ai découvert la polyvalence de la brouette et tenais à vous le faire partager: de contenant pour matériau divers (la pierre par exemple), elle peut devenir fauteuil, ou, plus précisement, contenant idéal pour une petite sieste entre deux brouettées... démonstration en image. Vous remarquez aussi ici une autre facon de porter la salopette:

A mes accompagnateurs des derniers instants

Je n'ai pas pris le temps de le faire, mais je tenais a remercier Ludivine pour ses petits gâteaux de La Vie Claire, qui ont très agréablement agrémenté mes repas dans le bus a l`aller! j`en ai proposé a Sorin, mon voisin, qui les a refusé car préférait réserver son appétit pour la bonne soupe que sa maman lui avait préparé...
Mathilde et Gaëlle, la casquette est une très bonne idée! je m`en sers tous les jours sur les chantiers... qu`il pleuve ou qu`il fasse grand soleil, elle est idéale! je peux ainsi réserver celle que j`ai faite pour les grandes sorties...
Tullia et Caro, patate se dit katolf en roumain (je crois que je fais une faute d`orthographe), tout ça pour dire que ça me rapelle nos cours d`allemand sur post-it de la rue Falque... c`est un bon moyen mémo-technique et me rappelle de bons souvenirs.
Pour tous ceux et celles qui m`ont vu en chaussettes dans les sandales du pélerin, je tiens à préciser qu`elles ne me font plus mal du tout. Ca c'est d'la chaussure! Anne et Ivor les connaissaient! Ils ont réagi tres vivement quand ils m`ont vu avec: mais c'est la sandale du pélerin tes chaussures?!. Ivor regrette de ne pas m'avoir passé commande, les siennes l'ont lâché après 13 ans de bons et loyaux services...

Maud et Vanessa

Maud et Vanessa, pensée toute particulière pour vous: ici nous faisons le yaourt nous-même! je réalise enfin un des grands rêves de ma vie!! et sans yaourtière!
Le résultat est très bien (je vous avoue que ça a parfois échoué). Nous avons la chance de pouvoir avoir du lait de bufflone, puisque Michi, notre voisin, en a une. Et le yaourt est encore meilleur, car plus gras. Mmmhhh.......

Aux boulonnais d'Boulonn'

En roumain, fils se dit fiu (se prononce fiou).
A quand un echange culturel entre boulonnais et coboriens?

De meme, on dit chercher apres quelque chose, vin sa dupa lapte, je viens chercher apres le lait... similitudes incroyables non?

le sirop de sureau, la limonade de sureau

Il est encore temps! de récolter les fleurs de sureau... pour en faire un bon sirop et/ou une limonade bien fraîche.

SIROP
10 à 15 fleurs de sureau
rondelles d`un citron
1kg de sucre
1L ou 1,5L d'eau chaude (chauffée)

Mettre tous les ingrédients dans un récipient, remuer un peu et laisser reposer trois jours avant de consommer, dilué a l'eau bien fraîche.

LIMONADE
10 à 15 fleurs de sureau
jus d'un citron (d'une orange aussi, pourquoi pas)
10L d'eau froide
un peu de levure (de boulanger par exemple)

Mettre tous les ingrédients dans un récipient, remuer un peu et laisser reposer trois jours avant de consommer.

Dans les deux cas, il faut éviter de laver les fleurs car elles perdent alors tout leur pollen.

Voici le sirop, dans la petite bouteille, à droite sur la photo et la limonade, dans la grosse bouteille, à gauche sur la photo.

samedi 14 juin 2008

la salade d'Anna

Anna (Anne), fait de très bonnes salades d'été. D'été car gorgées de légumes frais. Je crois qu'elles conviennent parfaitement aux végétariens.
Coupez finement un chou pomme (un quart ou une moitié, tout dépend de la quantité souhaitée) que vous salez avant d'écraser à la main, avec le poing même, pour en faire sortir un peu de jus. On retrouve ici le principe de la lacto-fermentation, mais en accéléré. Arrosez d'un filet d'huile, peu importe laquelle.

Ajoutez à cette base concombres, tomates, oignons crus finement coupés et autres légumes qui vous passent par la tête. Un jus de citron aussi pourquoi pas.
C'est frais et c'est bon. Et ça se passe d'assaisonnement.
Sachez qu'ici on improvise beaucoup, alors je laisse votre imagination agrémenter cette idée de base.

Une journée de Wwoof a Cobor

Nous nous levons à 8h30 le matin. Il fait déjà bien jour et bon. Les paysans travaillent déjà depuis 5h du matin, à la fraîche. Nous prenons le petit déjeuner, préparons la nourriture pour les chiens (il y en a 4, des grands chiens). Nous commençons à travailler à 10h. Ivor est, comme on dit, plus du soir que du matin. Nous travaillons jusqu'à 15 ou 16h. Nous travaillons donc aux heures les plus chaudes de la journée. Il fait très chaud ici en ce moment. Soleil haut dans le ciel, ciel très bleu. Souvent, sur les coups de 15h, le ciel se couvre et l'orage gronde au loin. J'aime bien ça. J'apprécie l'idée de travailler longtemps, sans tenir compte de l'heure, jusqu'à vraiment ressentir la fatigue. Nous faison une pause d'environ 2h. Sieste, lecture, ballade jusqu'au champ pour apprécier le paysage. Nous reprenons la tâche sur laquelle nous étions jusqu'à environ 20h, 21h pour Ivor. Même dans le noir, Ivor continue sa tâche. Peu importe le temps, c'est la satisfaction de l'accomplissement d'une tâche qui compte. Les travaux que nous faisons: construction de murs en pierre, demontage de ruine, pierre par pierre, pour pas que tout s'ecroule d'un coup, debroussaillage a la faux. Nous préparons tous les repas avec Anne. Ivor aime notre cuisine! A 20h, 20h30, nous allons chercher le lait... Beaucoup de travail et quelques occasions de sortir, qui deviennent de vrais moments de joie et des bouffées d'oxygène! Dimanche dernier, nous sommes allés à la ville, Fagaras, boire une bière en terrasse. Un véritable événement! On avait mis la tenue du dimanche, ça change de la salopette ;).

vendredi 6 juin 2008

Des nouvelles de Cobor!

Ça a commencé comme ça. Une heure de retard au départ, cinq à l'arrivée. Et entre, quelques situations rocambolesques, comme un accident avec un bus genévois -TPG, la compagnie de bus dans laquelle travaille papa...bien sûr!- les vitres éclatées, quelques blessés (de légères gouttes de sang sur les jambes de dames qui ont reçues des bris de verre), mais surtout une équipe de chauffeurs roumains imperturbables, qui ont très bien su gueuler comme des putois, en roumain de surcroit car ils ne parlaient pas le français.

Habillés très chic les chauffeurs, mais très nerveux! Parlaient avec de grands gestes, se sont pris la tête avec des voyageurs autour d'une énorme valise noire, recouverte d'un sac poubelle et scotchée tant bien que mal, qui prenait l'eau sous la pluie en attendant d'être rangée dans la soute du bus...la propriétaire de la valise n'était pas vraiment tracassée, alors ça a duré dix minutes cette histoire, pour savoir à qui c'était, etc. Je me suis régalée de ce spectacle! Mais à mon égard, pas d'embrouilles, bien au contraire: toujours le petit sourire pour la petite française, qu'ils devaient bien se demander ce qu'elle foutait là d'ailleurs. Mais mon guide s'est bien occupé de moi. Sorin (se prononce Sorine) ingénieur agronome roumain, en Erasmus à Clermont Ferrand, a pris le bus à Lyon avec moi. Mathilde a eu la chance de le rencontrer. Il parle très bien français. Nous avons passé tout le voyage ensemble: voisin de siège, mais aussi professeur de roumain et bon camarade pour papoter de choses et d'autres.
Je me suis très vite rendu compte, quand est venu le moment de son arrêt (il descendait un peu avant moi), que l'on s'attache très vite aux gens pendant un voyage! j'étais déjà bien triste de le voir partir, la p'tite boule dans la gorge, quand on ne sait pas à qui on va parler maintenant!
Petit moment de panique par la suite.
Le bus avait donc 5 heures de retard et je n'arrivais pas à joindre Erwan (=Ivor) pour le prévenir. Mais il était bien là quand le bus s'est arrêté 1/4 de seconde pour me déposer. FAGARAS! et hop là, pas une minute à perdre, j'étais la seule à descendre là. Résultat, j'ai oublié mon duvet dans le bus! Et merde, je m'en suis rendue compte sur le chemin vers la maison. Mais Erwan a passé les environ 5 ou 6 coups de fil nécessaires, pendant trois jours, pour savoir s'il avait été retrouvé. Miracle (d'après Erwan)! Oui! Alors si tout se passe comme il faut, je le récupère lundi prochain, au bureau d'Eurolines, au prochain passage du bus.

Bon, je détaille, je détaille... mais ça fait déjà plusieurs jours que j'ai hâte de raconter tout ça! Il y a Internet dans la maison donc c'est très pratique mais tout le travail qu'il y a faire ici et le rythme soutenu de la journée laisse peu de temps pour se poser écrire toutes ces aventures.

Mercredi, première journée ici et toute seule, puisqu'Erwan avait son activité de taxi. Il a eu cette idée pour aider les gens du village et ça lui permet d'avoir un petit revenu. Ça évite aux villageois de se taper 5 ou 6km à pied, avant de prendre un bus qui met environ 2h à aller à Fagarâs (25km) pour acheter une bricole ou payer une facture. Erwan leur propose un service ultra perfectionné: il vient les chercher devant leur porte, les aide dans leurs courses (s'il faut porter des meubles par exemple) et les dépose devant chez eux au retour. Il a une voiture où il peut mettre 7 personnes et une remorque. En attendant, petite promenade avec les chiens pour decouvrir les alentours...













Il y aurait beaucoup à dire d'Erwan. Il est passionné par ce qu'il fait, il parle très facilement de ses choix de vie, il y réfléchit beaucoup, c'est très intéressant de discuter avec lui. Pourquoi avoir quitter la France, sa place ici, etc. Je l'entends qui dit "j'ai des idées". C'est exactement ça, il a plein d'idées, tout le temps. Mais je ne me sens pas de développer maintenant sinon j'en ai pour des heures! Il a un sacré caractère. Il est breton. Je sais pas si y'a un rapport...

Et comment ça se passe ici? Et bien je suis arrivée et Rosa, une américaine, est partie le lendemain. Mais Anna, allemande, est arrivée le même jour. Nous sommes donc deux wwoofers et trois avec Ivor. Il était bien emmerdé avec toutes ces nanas qui viennent le voir. C'est plutôt d'hommes qu'il a besoin pour construire tous ses murs et creuser des trous!
Mais je crois que l'on commence à faire nos preuves avec Anna et que ça le rassure. Non seulement on arrive à creuser une tranchée, à monter un mur et à faire du béton, mais en plus on lui fait bien à manger!



Parce qu'Ivor n'aime pas faire la cuisine. Manque de bol, Rosa n'était pas costaud mais en plus elle ne faisait pas bien la cuisine. Ivor est très tracassé par son célibat. Il ne sait pas comment faire pour qu'une femme vienne vivre avec lui. Une française, elle ne tiendra pas le coup en Roumanie et une roumaine, elle ne veut pas d'un bouseux comme lui! C'est un sujet de discussion qui revient souvent! J'en parle aussi ouvertement que lui nous en parle. Il est très spontané et parle sans tabou de beaucoup de sujets. Il est très humain.

Chez lui, c'est en partie en chantier et en partie retapé... c'est magnifique ici. Ça respire la vie. On entend mille bourdonnements, mille chants d'oiseaux, les grillons. Les abeilles butinent, elles ne sont pas en voie de disparition ici! Je suis arrivée la nuit et j'ai été étonné de la vie la nuit. Je crois que jamais je n'avais entendu une nuit aussi vivante. Il y avait des milliers d'étoiles, des oiseaux qui chantaient et les grillons!! J'arrive en plein été.


On parle français toute la journée, on voit deux roumains qui travaillent à la scierie mais qui disent vaguement bonjour. Mon "Salut" ("salout") enjoué n'a pas eu de réponse le premier jour alors je me suis contentée d'un signe de la main le lendemain :). Tout ça pour dire que je me sens comme en France! Jusqu'à ce que mon regard s'élargisse aux champs alentours et au reste du village. Il faut savoir qu'ici nous sommes vraiment un village au bout d'une route. En montant sur la colline, il n'y a pas une maison alentour sur plusieurs kilomètres. Les femmes travaillent dans les champs en plein cagnard, les hommes fauchent à la main, les chevaux tirent les charrettes. Il n'y a que 5 voitures dans le village, dont une qui appartient à berger très riche qui se présente aux élections municipales et qui donnent de l'argent à tous les gitans du coin et autres personnes intéressées en échange de leur vote... :).

Mercredi, je me lève de ma sieste, Anna et Ivor arrivent. J'ai la tête dans l'coltard et c'est parti pour aller chercher le lait. On sort de la cour, on descend le chemin et là, grande émotion. Le village est magnifique. Une simplicité et une lenteur démesurées comparé à notre mode de vie. J'ai été submergé par cette beauté, l'envie de pleurer. Chemin blanc, maisons colorés, verdure, chant des grillons, chemin blanc, chevaux, chiens, chemin blanc qui serpente, en harmonie avec les couleurs alentours. Moi qui ai toujours eu une certaine nostalgie d'un temps que je n'ai pas connu, je suis servie!
Sur la route, on s'arrête à plusieurs maisons, s'assoir sur les bancs sur les seuils de portes, pour discuter avec les habitants. Ivor parle très bien roumain.
Puis on arrive à la ferme, les 3 vaches du paysan rentrent seules du champ et hop! la traite à la main! je suis sciée, je ne m'attendais vraiment pas à ça. Toute chamboulée la Paulette.